2015年7月30日

Une lettre d’Octave Mannoni à Roland Jaccard datée du 9 décembre 1981


35, Avenue Ferdinand Buisson, [ Paris ] 16e
Ce 9 décembre 1981

Cher Roland Jaccard,

Je vous écris cette lettre, pour que vous en fassiez ce que vous voulez, au sujet du Séminaire de Lacan sur les psychoses. C’est probablement le meilleur de tous les Séminaires qu’il ait prononcés. On s’aperçoit, en le lisant, que la psychose plus précisément la paranoïa a toujours été au centre de ses intérêts depuis l’époque surréaliste où il partageait avec Dali un enthousiasme pour la méthode « paranoïaque critique », et c’est aussi sur ce sujet qu’il a fait sa thèse de médecine, comme on sait.

Les quatre pages (148 - 152) dans l’édition imprimée qui, en apparence, sont une digression réactionnaire, sont probablement les plus belles qu’il ait écrites, et je me rappelle encore, car j’assistais en 1955 à ce Séminaire à Sainte-Anne avec quelle admiration je les avais entendues. Il s’agit d’une analyse saisissante de l’Umwelt socio-politique qui est le cadre où fleurit la paranoïa. Nous avons tendence à oublier un peu ce que fut le grand Lacan avant les noeuds borroméens et les mathèmes.

Tout le Séminaire n’est pas consacré à la paranoïa. Il y a même toute une longue partie qui est consacrée subtilement à des questions grammaticales héritées de Pichon. Le reste traite tantôt de la façon dont l’analyse peut éclairer la psychiatrie au sujet de la paranoïa, mais aussi et c’est peut-être à ses yeux plus important de la façon dont la paranoïa éclaire l’analyse.

Freud a dit, parlant aux analystes : « la névrose est notre métropole », le reste, sciences humaines et psychiatrie, étant comme des « colonies ». Mais on peut dire que pour Lacan c’est le contraire : sa patrie c’est la paranoïa, et c’est de là qu’il a entrepris de coloniser la psychanalyse. Dans ce livre III, comme ailleurs, mieux qu’ailleurs, c’est parfaitement évident.

Ce Séminaire n’est pas véritablement inédit. En 1955 Lacan nous a donné, à quelques uns de ses élèves, des exemplaires photocopiés transcrits par les sténographes. Il me semble qu’à Sainte-Anne on n’employait ni magnetophones ni micro, et j’ai l’impression qu’on entendait beaucoup mieux l’orateur.

À comparer le texte imprimé aux photocopies, on remarque d’abord qu’il ne contient que 60 % du texte original. Je m’en suis aperçu parce que j’ai cité dans mes livres certains passages et que je ne les retrouvais pas dans le nouveau textes. Cela m’a rendu un peu méfiant. 

Lisant avec attention, j’ai sursauté plusieurs fois devant des erreurs qui, sans doute, ne peuvent pas égarer un vieux lacanien, mais qui opposeront à des débutants des problèmes quasiment insolubles. Par exemple, p.128 Lacan dit (dans les termes du texte de 1981) que le moi, comme une sorte d’écran, nous protège contre un certain discours inconscient (je simplifie) et ajoute : « cela n’est pas tiré de l’analyse des psychoses, ce n’est pas la mise en évidence, une fois de plus, des postulats de la notion freudienne de l’inconscient ». Si ce « pas » m’a fait sursauter, quel effet fera-t-il à un débutant ? J’ai d’ailleurs vérifié sur la photocopie, où, au lieu de « pas », on trouve « que » [ note 1 ], évidemment. C’est-à-dire exactement le contraire.

Or il y a souvent de telles inexactitudes, par exemple un « qui » manque p.123, ce qui produit un sens mystérieux [ note 2 ]. Il est quelque part question d’une invention du signifiant, alors naturellement qu’il s’agit d’une intervention du signifiant [ note 3 ]. Mais cette invention fera peut-être un chemin merveilleux chez des étudiants suggestibles.

Je ne me suis pas essayé au travail fastidieux de collationner imprimé et transcription. Cela ne m’est pas nécessaire, je peux corriger de moi-même. Cela me gêne un peu plus que ce style lacanien qui ressemble un peu à un lion ébouriffé, finisse par faire penser à un caniche un peu tondu.

Pour ce qui est de la théorie de la paranoïa telle qu’elle sera présentée dans les Écrits, elle n’est ici qu’à peine ébauchée et encore aux yeux de ceux qui connaissent la suite dans l’opposition du refoulement à la forclusion. Il s’agit essentiellement d’un commentaire sur le texte que Freud a consacré à Schreber.

Et à partir de ce qu’on peut tirer de ce commentaire, on voit se modifier les bases de la théorie analytique. C’est pourquoi je disais ce qui n’est qu’une perspective que Lacan, installé dans la psychose, colonise la psychanalyse, alors que le lecteur moyen s’imagine que c’est l’inverse.

Voilà, cher Roland Jaccard, les impressions dont je peux vous faire part. Vous les utiliserez comme vous voudrais. Si vous voulez me nommer, dites, par exemple, que vous vouliez avoir l’avis de quelqu’un qui en 1955 assistait à ce Séminaire. Et ainsi vous pourrez citer mon nom si vous voulez je n’userai pas du droit de réponse ! Pour cette même raison, je ne citerais pas le nom de celui qui a massacré le texte.

Octave Mannoni

Note 1 :
« C’est une fonction du moi que nous n’ayons pas perpétuellement à entendre cette articulation [ c’est-à-dire la voix de l’inconscient en tant que l’inconscient est le discours de l’Autre et que dans l’inconscient ça parle ] qui organise nos actions comme des actions parlées. Cela n’est pas tiré de l’analyse de la psychose, ce n’est pas la mise en évidence, une fois de plus, des postulats, de la notion freudienne de l’inconscient. » (version millérienne, p.128).
« C’est une fonction du moi que nous n’ayons pas perpétuellement à entendre ce quelque chose d’articulé qui organise comme telles nos actions, comme des actions parlées. Ceci n’est pas tiré de l’analyse de la psychose, ceci n’est que la mise en évidence une fois de plus des postulats de la notion freudienne de l’inconscient. » (version Staferla, p.247).

Note 2 :
« Elle [ la pureté des rayons divins ] ne laisse pas d’être troublée par des éléments partant des âmes examinées, et jouent aux rayons purs toutes sortes de tours, essaient d’en capter la puissance à leur profit, s’interposent entre Schreber et leur action bénéfique. » (version millérienne, p.123).
La prétendue pureté des rayons divins « tout de même laisse apercevoir dans son texte de singulières complicités, une singulière façon d’être troublée, d’être atteinte par toutes sortes d’éléments :
- qui partent d’abord des âmes examinées ,
- qui jouent à ces rayons divins , à ces rayons purs toutes sortes de tours,
- qui par toutes sortes de moyens essaient d’en capter toute la puissance à leur profit,
- et qui aussi s’interposent entre Schreber et leur action bénéfique. » (Version Staferla, p.237).

D’ailleurs il y a une coquille dans la deuxième ligne d’en bas de la page p.123. Erreur : « ciseaux ». Correct : « oiseaux ».

Note 3 :
« La vertu du signifiant, l’efficace de ce mot de crainte, a été de transformer le zèle du début (...) en la fidélité de la fin. Cette transmutation est de l’ordre du signifiant comme tel. Aucune acculumation, aucune superposition, aucune somme de significations, ne peut suffire à la justifier. C’est dans la transmutation de la situation par l’invention du signifiant que réside tout le progès de cette scène, (...).
Qu’il s’agisse d’un texte sacré, d’un roman, d’un drame, d’un monologue ou de n’importe quelle conversation, vous me permettrez de représenter la fonction du signifiant par un artifice spatialisant, dont nous n’avons aucune raison de nous priver. Ce point autour de quoi doit s’exercer toute analyse concrète du discours, je l’appellerai un point de capiton.
Lorsque l’aiguille du matelassier, qui est entrée au moment Dieu fidèle dans toutes ses menaces, ressort, c’est cuit, le gars dit – Je vais me joindre à la troupe fidèle.
Si nous analysions cette scène comme une partition musicale, nous verrions que c’est là le point où viennent se nouer le signifié et le signifiant, entre la masse toujours flottante des significations (...) et le texte. (...).
Le point de capiton est le mot crainte, avec toutes ces connotations trans-significatives. Autour de ce signifiant, tout s’irradie et tout s’organise, à la façon de ces petites lignes de force formées à la surface d’une trame par le point de capiton. C’est le point de convergence qui permet de situer rétroactivement et prospectivement tout ce qui se passe dans ce discours.
Le schéma du point de capiton est essentiel dans l’expérience humaine. Pourquoi ce schéma minimum de l’expérience humaine que Freud nous a donné dans le complexe d’Œdipe, garde-t-il pour nous sa valeur irréductible et pourtant énigmatique ? Et pourquoi ce privilège du complexe d’Œdipe? Pourquoi Freud veut-il toujours, avec tant d’insistance, le retrouver partout ? Pourquoi est-ce là un noeud qui lui paraît si essentiel qu’il ne peut l’abandonner dans la moindre observation particulière ? – si ce n’est parce que la notion du père, très voisine de celle de crainte de Dieu, lui donne l’élément le plus sensible dans l’expérience de ce que j’ ai appelé le point de capiton entre le signifiant et le signifié. » (version millérienne, pp.303-304).

« (...) de par la vertu du signifiant, c’est-à-dire de ce mot crainte, dont, si vous voulez, l’efficace a été de transformer le zèle du début dans la fidélité de la fin, – mais par une transmutation qui est à proprement parler de l’ordre du signifiant comme tel, c’est-à-dire de quelque chose qu’aucune accumulation, qu’aucune superposition, aucune somme de significations prise dans leur ensemble ne peut suffire à se justifier, – c’est dans cette transmutation de la situation par l’intervention du signifiant comme tel que réside le progrès de ce dialogue qui fait passer un personnage du zèle (...) [ du début dans la fidélité de la fin ].
(...) ce que j’appelle la fonction du signifiant dans un discours quelconque, qu’il s’agisse d’un texte sacré, d’un roman, d’un drame, d’un monologue ou de n’importe quelle conversation, est quelque chose que vous me permettrez de représenter par une sorte d’artifice, de comparaison spatialisante – mais nous n’avons aucune raison de nous en priver –, par ce quelque chose qui est le véritable point central autour de quoi doit s’exercer toute analyse concrète du discours. Je l’appellerai un point de capiton.
Et cette sorte d’aiguille de matelassier qui est entrée au moment : ‹ Dieu fidèle dans toutes ses menaces... ›, qui ressort, et le gars dit : ‹ Je vais me joindre à la troupe fidèle... ›, c’est là le point de passage où nous est indiqué ce qui... (...), c’est le point où vient se nouer ce qui est de l’ordre de cette masse amorphe et toujours flottante des significations (...), ce quelque chose qui le relie à ce texte purement admirable (...).
Et le mot crainte est ce signifiant, avec toutes ses connotations trans-significatives, qui est le quelque chose autour de quoi tout s’irradie, tout s’organise, à la façon, si vous voulez, de toutes ces petites lignes de force qui sont formées à la surface d’une trame par le point de capiton. Ce sont là les points de convergence qui permettent de situer à la fois rétroactivement et prospectivement tout ce qui se passe dans ce sens dans ce discours.
Eh bien, cette notion, cette idée, ce schéma, cette image du point de capiton, c’est de cela qu’il s’agit quand il s’agit de l’expérience humaine, et à proprement parler de minimum de schéma de l’expérience humaine que Freud nous a donnée dans le complexe d’Œdipe, qui garde pour nous sa valeur complètement irréductible, et est malgré tout on peut dire énigmatique pour tous ceux qui s’en sont approchés. Pourquoi, après tout, cette valeur absolument privilégiée autour du complexe d’Œdipe ? Pourquoi ce fait que Freud veut toujours, avec tellement d’insistance, retrouver ? Pourquoi est-ce là pour lui ce noeud qui lui paraît le noeud essentiel de tout le progrès de sa pensée, au point qu’il ne peut l’abandonner même pas dans la moindre observation particulière – si ce n’est parce que la notion de Père, qui est très voisine de la notion de crainte de Dieu, est quelque chose qui lui donne l’élément essentiel le plus sensible dans l’expérience de ce que j’ai appelé point de capiton entre le signifiant et le signifié. » (version Staferla, pp.563-565).


Entretien avec Jacques-Alain Miller, paru dans LE MONDE DES LIVRES | 12.04.2001

La plupart des intellectuels comme de larges pans du public cultivé avaient lu les Ecrits à l’époque de leur parution. Aujourd’hui, le contexte est différent. Selon vous, qui lira ces Autres écrits ?

Il n’est pas si sûr qu’on ait tant lu les Ecrits à l’époque. On les a achetés, c’est différent. On lit bien davantage Lacan aujourd’hui, et j’y suis pour quelque chose. Les Autres écrits toucheront d’abord, je le crois, la « génération de 1968 ». D’autre part, il n’est pas un analyste qui ne voudra lire ou relire ces textes de Lacan, puisque personne ne l’a supplanté. Et puis ce livre s’adresse aussi à tout le monde, et là, c’est une bouteille à la mer : impossible de savoir à l’avance qui va rencontrer ce volume. C’est ce qui fait l’intérêt du moment. L’occasion du centenaire donne à ces Autres écrits une trouée vers le public, alors qu’en temps ordinaire ce serait obstrué. Lacan pensait qu’au moment où la psychanalyse aurait rendu les armes devant les impasses de la civilisation, on se reporterait à ses écrits. C’est peut-être une raison pour penser que ces Autres écrits viennent à leur heure.

Vingt ans après sa mort, nous ne disposons toujours pas du corpus lacanien dans son ensemble. Faut-il analyser ce délai comme une résistance du discours lacanien lui-même à faire « œuvre » ?

Oui, le « corpus » lacanien ! Eh bien, il remue encore ! Plus profondément, je crois qu’il y a quelque chose de Lacan et de la psychanalyse elle-même qui reste en souffrance, qui n’a pas trouvé sa destination. Et cet « en souffrance » trouve à s’exprimer par exemple dans la sommation que les Séminaires soient tous publiés, et fissa, comme dit le juge de Plantu, ce qui leur donne un petit air de « lettre volée ». Ses Séminaires ont longtemps embarrassé Lacan, il les a laissés vingt ans sans en autoriser aucune publication, et on aurait pu imaginer qu’ils soient divulgués comme des documents d’archives. Nombre de ses élèves s’y sont cassé les dents, c’est ma façon de faire qu’il a aimée, celle que j’ai inventée pour répondre à son défi. J’aurais été ravi de le convaincre d’en distribuer le labeur, mais il n’y a rien eu à faire ! Il m’a voulu pour coauteur, il m’en a donné le statut. Il faut donc penser que ce n’était pas son idée qu’on en finisse si vite.
Au reste, vous n’avez pas un corpus, vous en avez plusieurs ! Le signifiant a ses voies propres. Vous savez bien que l’on pirate, que des sténographies, des notes, circulent dans de multiples versions. Loin de le déplorer, j’y applaudis, tant que cela reste d’ordre scientifique. Et dès lors qu’il n’y a pas d’acte de commerce, pas de dépôt légal, et que cela permet aux chercheurs de s’y reporter, vous remarquerez que Le Seuil n’intervient pas. Il reste que, conformément aux dispositions prises par Lacan, il y a un seul éditeur, un seul contrat d’édition, une seule publication autorisée. Il suffit que chacun connaisse son registre.

Aujourd’hui, d’ailleurs, beaucoup de jeunes praticiens se disent d’abord analystes avant de se dire « freudiens » ou « lacaniens ». Après des années de violence autour du nom de Lacan, va-t-on vers une pacification ?

Dans quelques jours, dans cette capitale de la psychanalyse qu’est Buenos Aires, se tiendra un grand colloque d’hommage à Lacan, où voisineront des représentants de l’Association mondiale de psychanalyse, que j’ai fondée, des membres de ce que j’appelle la « nébuleuse » lacanienne, et un ancien président de l’Association internationale de psychanalyse. C’est vous dire que la civilité a été rétablie. Du moins sous ces latitudes, car il faudra sans doute quelque temps pour que cela advienne ailleurs. Il y a des querelles qui datent, des anathèmes désuets, et il est bien possible que ces Autres écrits soient mieux reçus de jeunes qui n’ont pas été les élèves de Lacan que des anciens qui y revivront une partie de leur propre trajectoire, et où Lacan se manifeste non seulement comme leur maître mais comme leur fléau.

Vous-même, vous continuez de subir certaines critiques concernant les Séminaires, leurs délais de publication et surtout leur mode d’établissement.

Cette antienne dure depuis vingt ans. Les plus impatients de me voir rédiger les Séminaires au Seuil sont aussi les plus mécontents une fois qu’ils les ont ! En fait, il y a là, pour une part, une cabale des dévots, et puis une revendication éternisée que rien n’apaisera jamais, et qui s’adresse plus à Lacan qu’à moi-même. Je reste dans la même ligne, y compris dans le fait de livrer le texte nu, sans appareil critique. Ma façon de faire avait été saluée dans Le Monde en 1973 par un grand article d’Octave Mannoni, elle n’a pas changé depuis. Vous verrez paraître en juin la seconde édition corrigée d’un Séminaire (livre VIII : Le Transfert). La parole de Lacan garde une présence active, vivante, sa puissance est là, même si elle est plus secrète que jadis. L’heure n’est pas venue pour elle d’être réduite au statut de document. Les notes en bas de page attendront.

Propos recueillis par Jean Birnbaum.

以上は,Lacan の生誕100周年を記念するために彼の Autres écrits が2001年に出版された機会に為された Jacques-Alain Miller への Le Monde によるインタヴューです.

そこにおいて Jacques-Alain Miller が言及している Octave Mannoni の1973年のテクストは Le Monde の site に見つけることはできませんでした.代わりに,Le Monde で精神分析関係の記事の総責任者をしていた Roland Jaccard に宛てて Octave Mannoni が1981年12月9日付で書いた書簡を Jaccard が公開しているのを見つけました.そこにおいて Mannoni は,当時出版されたばかりの Le Séminaire III Les psychoses の Miller 版テクストに見出される多くの誤りを指摘しています.Miller は実際とは正反対のことを Lacan に言わせている,と Mannoni は批判しています.

2015年7月28日

チョムスキー氏,福島の親子らに語る(東京新聞2014年3月8日付朝刊「こちら特報部」より).

東京新聞201438日付朝刊
こちら特報部:
チョムスキー氏,福島の親子らに語る.
原爆経験あるのに被災者になぜ寄り添わぬ.
政府は常にウソで言い含める.
最も弱い子どもらがどう扱われるかで社会の健全さ問われる.
過ちをただせるのは市民.
集団的自衛権,実態は侵略戦争.

東京電力福島第一原発事故から三年がたとうとしている.来日した米国人の言語学者ノーム・チョムスキー氏が,自主避難を余儀なくされた福島の親子らの訴えに耳を傾けた.いまだに不安や恐怖にさらされている被災者たち.「世界最高の論客」と評されるチョムスキー氏の目に,この状況は,どう映るのか.(林啓太)

「無防備な子どもたちが,放射線の危険にさらされている.恐ろしいことだ」.4日に東京都内のホテルで福島の親子らと面会したチョムスキー氏は嘆いた.

チョムスキー氏と会ったのは,福島市に住む武藤恵さんと小学三年生の長女玲未ちゃんの母子,福島県郡山市から静岡県富士宮市に自主避難した長谷川克己さんの三人.長谷川さんは妻,長男,長女の四人暮らしだ.

恵さんの自宅は福島第一原発から約60キロ.「政府は換気扇を閉めて,外出する時はマスクを着けるように,ということしか教えてくれなかった」と,当時の混乱を振り返った.

山形県に週末だけ自主避難していた時期もあったが,経済的な問題もあり,やめた.「事故後,子どもの体調が良くない」という.国は緊急時迅速放射能影響予測ネットワークシステム SPEEDI による放射能汚染の情報を隠していた.それなのに「『安全宣言』をした.周りは事故前と変わらない日常に戻ってたように見えるが,そうではない」と,放射能の恐怖にさらされている現実を訴えた.

長谷川さんは,郡山市で介護事業を営んでいたが,事故の五カ月後に自主避難した.「将来,健康被害が出たら,お金で償われても元には戻れない.子どもを守ろうという思いだけだった」.避難先の静岡での生活については「日雇いの工事現場の作業員をして食いつないだこともある.経済的に安定せず,心もとないです」と切々と語った.

自主避難者は十分な補償が受けられない.東電からの補償金も避難区域内に住んでいた避難者に比べて乏しく,経済的な負担が重くのしかかる.

チョムスキー氏は,両手をテーブルの上で組んだり,沈思するように右手をあごに当てたりしながら,静かに親子らの話に耳を傾けた.話の合間に「ほかの親はどんな対応をしているのでしょうか」,「放射線の被害に理解のある医師からケアを受ける機会はあるのでしょうか」と問い掛けた.

「子どもらがどんなに不安でも,政府というのは心配するなとウソで言い含めようとするものなのです」.米国とソ連の緊張が核戦争の寸前まで高まった1962年のキューバ危機のころのことをとつとつと語った.「私の娘の友達の中には,戦争になれば生き残れないと不安そうな子もいた.米政府は『米ソの緊張関係は危なくない』と宣伝した.私の娘は学校の先生から『核戦争が起きても机の下に隠れれば大丈夫』と言われたんですよ」.

緊張した面持ちでチョムスキー氏の顔を黙って見つめていた玲未ちゃんは,周囲に促されて「武藤玲未です」と自己紹介.チョムスキー氏も,この時ばかりは柔和な表情を見せ,「日本に50年ぐらい前にも来たことがある.私の娘がちょうどお嬢ちゃんと同じくらいだった」と懐かしがった.

チョムスキー氏は,ベトナム反戦運動に関わって以来,外交や大企業優遇の政策で米政府がろうするウソや秘密のやり口を徹底的に告発,批判してきた.

米中枢同時テロの後,米国のアフガニスタン侵攻やイラク戦争について強い反対意見を表明.最近では,米国内の貧困問題でも積極的に発言している.

福島第一原発事故の後,20119月に東京都内で開かれた脱原発集会の際,支持を表明する連帯メッセージを寄せた.福島の親子らと面会したのは,福島の子どもたちの「集団疎開裁判」を支援してきた縁からだ.20121月,「最も弱い立場の子どもらがどう扱われるかで社会の健全さが測られる.私たち世界の人々にとって裁判は失敗が許されない試練だ」と集団疎開裁判を支持するメッセージを寄せている.上智大での講演会を機に来日したチョムスキー氏が「ぜひ,親子と会いたい」と会談を要望し,実現した.

集団疎開裁判では,郡山市に住む児童と生徒14人が,空間線量が年間1ミリシーベルト未満の地域に疎開して教育を受ける措置を市に求め,仮処分を申し立てた.

司法の判断はつれなかった.福島地裁郡山支部は201112月,申し立てを却下.仙台高裁は20134月,「福島原発周辺の児童・生徒の健康に由々しい事態の進行が懸念される」としながらも抗告を却下した.

福島の親子らは4月にも,約十人の子どもを原告として,地元の自治体を相手に集団疎開を求める行政訴訟を起こす予定だ.

チョムスキー氏は,親子らに「政府に対する外圧を上手に使うことだ」とアドバイスした.「核戦争防止国際医師会議 IPPNW などの権威のある国際的な団体と健康被害の調査について連携し放射線の被害を広く訴えることもできる.日本政府に被害を隠すことは恥ずかしいと思い知らせられればよい」.

「日本は広島,長崎の原爆を経験し,放射線の怖さを知っているはず.それなのに,政府が被災者の不安に寄り添わないとは.言葉にならない」と日本政府の対応を厳しく批判した.

チョムスキー氏は「こちら特報部」のインタビューに,安倍政権についての懸念も表明した.「日本の超国家主義者は平和憲法を無くそうとしている.安倍晋三首相らが靖国神社に参拝し,従軍慰安婦を否定しようとするのは,日本を帝国の時代に戻そうという狙いがあるのではないか.ヒトラーが権力を掌握していく過程を思い起こさせる」.

集団的自衛権の行使容認についても「集団的自衛権と言えば聞こえは良いが,実態は侵略戦争だ.米政府も戦争を国防と言い換えるが,それに似ている.だまされてはならない」と指摘.自民党の石破茂幹事長が特定秘密保護法の抗議活動に対し,「テロ行為と本質は変わらない」と言い放ったことに触れ,「政府は市民の反発を恐れている.テロリストというのは,権力側が反対する市民にレッテルを貼っているだけだ.強制や弾圧を正当化する言い訳にすぎない」と話した.


「政府の過ちをただせるのは市民だけだ.困難だろうが,福島や日本全体で,政府が無視できない運動をつくり出してほしい.地域の市民のつながりを強化してほしい.それこそが状況を改善していく道だ」.



2015年7月26日

ポツダム宣言

Potsdam 宣言
日本の降伏のための合意事項を定める宣言
1945726日,Potsdam にて発表.

1. 我々,アメリカ合衆国大統領,中華民国政府主席,および英国首相は,我々の数億の国民を代表して協議した.そして,この戦争を終わらせる機会を日本に与えようと合意する.

2. アメリカ合衆国,大英帝国,中華民国の並はずれた陸海空軍力は,西から陸軍と航空部隊とにより何倍も増強されて,日本に最後の打撃を加える用意ができている.この軍事力は,日本が抵抗をやめるまで対日戦争を完遂する連合国すべての決意によって支えられ,励まされている.

3. 世界中の奮起した自由な諸国民のカに対する無益で無意味なドイツの抵抗の結果は,その恐るべき明白さにおいて,日本国民の眼前に立ちはだかっている.今や日本に対して結集している軍事力は,抵抗する Nazis に向けられたときに必然的に全ドイツ国民の国土と産業と生存手段とを破壊した軍事力よりも,測り知れないほどより強大である.我々の軍事力が決然と全面的に適用されるなら,それが意味するところは,日本軍の不可避的かつ完全な破壊と,同様に不可避的な日本国土の完全な荒廃である.

4. 今や日本が決断すべき時が来た:頑迷な軍国主義的アドヴァイザーたち 彼らの愚かな計算が日本帝国を滅亡のせとぎわへ追い込んだのだ によりコントロールされ続けるのか,それとも,理性の道をたどるのか.

5. 我々の合意事項は以下のとおりである.我々は,そこからぶれることはない.ほかの選択肢は無い.我々は,遅滞を許容しない.

6. 日本国民をだまして世界征服の野望へ誤誘導した者たちの権威と影響は,永久に排除されねばならない.なぜなら,無責任な軍国主義が世界から駆逐されるまでは平和と安全と正義の新秩序は不可能である,と我々は主張するからである.

7. そのような新秩序が確立されるまで,かつ,日本の戦争遂行能力が破壊されたことが確実に証明されるまで,連合国が指定することになる日本領内の諸地点を我々は占領する.それは,ここで設定される基本的目標の達成を確かなものにするためである.

8. カイロ宣言[1943年にルーズベルト,チャーチル,蒋介石がカイロで会談し,日本が無条件降伏するまで戦う決意を表明した宣言]の合意事項を,我々は遂行する.また,我々は,日本の主権を,日本列島のうち本州,北海道,九州,四国と,我々が定める幾つかの小さな島に限定する.

9. 我々は,日本軍に,完全な武装解除の後,平和で生産的な人生を送る希望を持って帰宅することを許可する.

10. 我々は,日本人を人種として奴隷化したり,民族として滅ぼそうと意図してはいない.しかし,捕虜に虐待を加えた者たちを含む戦争犯罪者すべてに対して,我々は厳正な裁きを行う.日本政府は,日本国民の間で民主主義的傾向が復活し,強まることに対する障害をすべて除去せねばならない.言論と信教と思想の自由,ならびに,基本的人権の尊重が確立されねばならない.

11. 日本経済を支えるような産業,ならびに,連合国側が日本から正当な賠償を現物で取り立てることを可能にするような産業を維持することを,我々は日本に許可する.しかし,戦争のために再軍備することを可能にするような産業は許可しない.この目的のため,日本が原材料へアクセスすることを我々は許可する.ただし,アクセスすることはコントロールすることではない.将来的にありうべき日本の国際貿易関係への参加を,我々は許可する.

12. 将来,以上の諸目標が達成され,かつ,課せられた責任を果たし得る平和的性向の政府が日本国民の自由に表明された意思との一致において樹立されたならすぐさま,我々は連合国占領軍を日本から撤収する.

13. 日本軍すべての無条件降伏を今や宣言し,かつ,軍の降伏行動が誠意あるものであることを適正かつ十分に保証するよう,我々は日本政府に呼びかける.それ以外の選択肢を取るなら,日本はすみやかに,かつ完全に破壊されることになる.

Potsdam Declaration
Proclamation Defining Terms for Japanese Surrender
Issued, at Potsdam, July 26, 1945.

1. We-the President of the United States, the President of the National Government of the Republic of China, and the Prime Minister of Great Britain, representing the hundreds of
millions of our countrymen, have conferred and agree that Japan shall be given an opportunity to end this war.

2. The prodigious land, sea and air forces of the United States, the British Empire and of China, many times reinforced by their armies and air fleets from the west, are poised to strike the final blows upon Japan. This military power is sustained and inspired by the determination of all the Allied Nations to prosecute the war against Japan until she ceases to resist.

3. The result of the futile and senseless German resistance to the might of the aroused free peoples of the world stands forth in awful clarity as an example to the people of Japan. The might that now converges on Japan is immeasurably greater than that which, when applied to the resisting Nazis, necessarily laid waste to the lands, the industry and the method of life of the whole German people. The full application of our military power, backed by our resolve,
will mean the inevitable and complete destruction of the Japanese armed forces and just as inevitably the utter devastation of the Japanese homeland.

4. The time has come for Japan to decide whether she will continue to be controlled by those self-willed militaristic advisers whose unintelligent calculations have brought the Empire of Japan to the threshold of annihilation, or whether she will follow the path of reason.

5. Following are our terms. We will not deviate from them. There are no alternatives. We shall brook no delay.

6. There must be eliminated for all time the authority and influence of those who have deceived and misled the people of Japan into embarking on world conquest, for we insist that a new order of peace, security and justice will be impossible until irresponsible militarism is driven from the world.

7. Until such a new order is established and until there is convincing proof that Japan's war-making power is destroyed, points in Japanese territory to be designated by the Allies shall be occupied to secure the achievement of the basic objectives we are here setting forth.

8. The terms of the Cairo Declaration shall be carried out and Japanese sovereignty shall be limited to the islands of Honshu, Hokkaido, Kyushu, Shikoku and such minor islands as we determine.

9. The Japanese military forces, after being completely disarmed, shall be permitted to return to their homes with the opportunity to lead peaceful and productive lives.

10. We do not intend that the Japanese shall be enslaved as a race or destroyed as a nation, but stern justice shall be meted out to all war criminals, including those who have visited cruelties upon our prisoners. The Japanese Government shall remove all obstacles to the revival and strengthening of democratic tendencies among the Japanese people. Freedom of speech, of religion, and of thought, as well as respect for the fundamental human rights shall be established.

11. Japan shall be permitted to maintain such industries as will sustain her economy and permit the exaction of just reparations in kind, but not those which would enable her to re-arm for war. To this end, access to, as distinguished from control of, raw materials shall be permitted. Eventual Japanese participation in world trade relations shall be permitted.

12. The occupying forces of the Allies shall be withdrawn from Japan as soon as these objectives have been accomplished and there has been established in accordance with the freely expressed will of the Japanese people a peacefully inclined and responsible government.

13. We call upon the government of Japan to proclaim now the unconditional surrender of all Japanese armed forces, and to provide proper and adequate assurances of their good faith in such action. The alternative for Japan is prompt and utter destruction.

実在,徴在,影在の重ね合わせにおける a について

Lacan の教えをその全体において読み直そうとするとき,我々はこのことに気づく:すなわち,彼は,学素 a を以て形式化するものを,彼の教えの最初の時期から既に,同時に R [実在の位]のものであり S [徴在の位]のものであり I [影在の位]のものであるものとして,一挙に問題にしている.

実在 [ le réel ] の位のものである a : Écrits の最初の書 Le séminaire sur « La Lettre volée » において Lacan (Écrits, p.25) James Joyce の警句 « a letter, a litter »[文字,ゴミ]を引用しているように,ゴミとしての文字.すなわち,ゴミ,屑,塵,カス,残渣,等々.要するに,捨てられ [ rejeter ] (cf. Variante de la cure type, in Écrits, p.360), 切り捨てられ [ retrancher ] (cf. Réponse au commentaire de Jean Hyppolite, in Écrits, p.388), 排除され [ Ausstoßen ] (ibid.), 閉出され [ Verwerfen, forclore ] (cf. D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose, in Écrits, pp.531-583), 失われて [ perdre ], ex-sistence[解脱実存](Écrits, p.11) を成すもの.

徴在 [ le symbolique ] の位のものである a : 源初的に失われた客体 [ l’objet foncièrement perdu ] (Écrits, p.45) によりうがたれた穴,「徴示素の或る種のカス [ caput mortuum ] が定立する穴」(Écrits, p.50).

影在 [ l’imaginaire ] の位のものである a : 自身の身体影像 [ l’image du corps propre ] (La chose freudienne, in Écrits, p.427) の定存 [ consistance ].

このように,Lacan の教えにおいては,1974-75年の Séminaire XXII R.S.I. において提示された a を中心とするボロメオ結びの図を待つまでもなく,1950年代から既に,同時に,解脱実存としての実在,穴としての徴在,定存としての影在の位のものであるような何ものかが問題とされており,そして Lacan はそれを学素 a で形式化することになるのである.



それに対して Jacques-Alain Miller は,Lacan の教えの時間的経過のなかに paradigm shifts を想定する.すなわち,a の規定性は,最初は影在,次の時期には徴在,さらに実在,最後には仮象,というように時間的に順序を追って変化している,と Jacques-Alain Miller は主張する.しかし,そう見なすのは誤りである.Lacan による a の規定は,同時的に多様である.それは,彼の Séminaire XI 『精神分析の四つの基礎概念』においても読み取れることである.

では,a が同時に実在の位のものであり,かつ,徴在の位のものであり,かつ,影在の位のものである,ということを我々は如何に思想し得るか?

ひとつの可能性は,量子力学における重ね合わせの概念を援用することであろう.周知のように,量子力学においては素粒子は,相異なる量子状態の重ね合わせの状態を持ち得る.有名な Schrödinger のネコの思考実験において空想されるように,ひとつの放射性原子の量子状態の重ね合わせの関数として,ネコは同時に生きた状態と死んだ状態の重ね合わせの状態を持ち得る.そのような量子力学的比喩として,我々は,a が実在と徴在と影在との重ね合わせの状態を有している,と考えることができるだろう.

a と素粒子とを比較したついでに言うなら,素粒子が物理学において究極的な実在性を成すものであるように,a は精神分析において唯一の実在性を成す.さらに string theory を思い浮かべるなら,こう言ってもよかろう:ボロメオ結びは,a string theory である.ボロメオ結びは,Lacan string theory において考察された a そのものである.

しかし,より素朴に,我々は a をイェス・キリストに見ることができるだろう.十字架上で処刑され,そして死者のうちから復活したイェス・キリストである.キリストの身体(影在)は,釘を打たれ,槍で貫かれたことによって開けられた穴(徴在)を定存させ,その穴をとおして,実在としての父の名は解脱実存する.そのようなものとしてのイェス・キリストは,我々自身の現場存在 [ Dasein ] そのものである.つまり,学素 a が形式化しているものは,我々自身の現場存在である.そして,それこそが,精神分析においてかかわっているものである.

2015年7月24日

Du a en superposition du réel, du symbolique et de l’imaginaire

Du a en superposition du réel, du symbolique et de l’imaginaire.

Si nous essayons de relire l’enseignement de Lacan dans son ensemble, nous pouvons y retrouver, dès ses premiers moments, le a qui est à la fois de l’ordre du :

réel en tant que litter du « a letter, a litter » joycien (Le séminaire sur « La Lettre volée », in Écrits, p.25), c’est-à-dire, si on énumère des termes qu’emploie Lacan, ordure, déchet, caput mortuum, résidu, reste, etc., bref, quelque chose qui est perdu, rejeté (cf. Variante de la cure type, in Écrits, p.360), ausgestoßen (cf. Réponse au commentaire de Jean Hyppolite, in Écrits, p.388), retranché (ibid.) et forclos dans l’ex-sistence (Le séminaire sur « La Lettre volée », in Écrits, p.11) ;

symbolique en tant que trou de « l’objet foncièrement perdu » (ibid., p.45) ou en tant que « trou que constitue un certain caput mortuum du signifiant » (ibid., p.50) ;

imaginaire en tant que consistance de « l’image du corps propre » (La chose freudienne, in Écrits, p.427).

Ainsi, nous avons d’emblée, dès le départ de l’enseignement de Lacan, le a qui est à la fois réel, symbolique et imaginaire comme nous le montre Lacan dans ses schémata du noeud borroméen à trois, et non pas imaginaire aut symbolique aut réel aut semblant successivement ou alternativement dans de supposés paradigm shifts chronologiques comme nous le suggère Jacques-Alain Miller.

Mais demandons-nous comment on peut concevoir que le a soit à la fois réel, symbolique et imaginaire ?

Une façon possible en serait un recours au concept de superposition quantique. Dans la mécanique quantique, une particule élémentaire peut avoir un état de superposition de différents états quantiques. L’illustration la plus connue en est l’expérience de pensée du chat de Schrödinger où un chat pourrait avoir un état de superposition d’être vivant et d’être mort en fonction de l’état quantique d’un atome radioactif qui peut tuer le chat par un certain dispositif quand il émet une radioactivité. Ainsi on pourrait dire métaphoriquement que le a a un état de superposition des trois ordres du réel, du symbolique et de l’imaginaire.

Et si on compare à une particule élémentaire le a défini par Lacan comme objet de la psychanalyse (Écrits, p.863) et dont il dit d’ailleurs dans la séance du 9 avril 1974 du Séminaire XXI qu’il a inventé l’objet a, on pourait dire que le a est la seule réalité de la psychanalyse et que le noeud borroméen est l’objet a tel qu’il est considéré dans une string theory lacanienne.

Mais, d’une façon plus naïve, on peut voir le a dans une figure de Jésus Christ crucifié et ressuscité d’entre les morts, pour autant que le a formalise notre propre Dasein au sens heideggérien du mot. Le corps du Christ fait consister le trou de ses plaies par où ex-siste le réel du Nom-du-Père. Ainsi se nouent dans le Christ en tant que notre propre Dasein, les trois ordres de l’imaginaire, du symbolique et du réel.

2015年7月23日

De la jouissance de l’Autre dans le Séminaire XX Encore de Lacan

En ce qui concerne des erreurs millériennes de transcription du Séminaire de Lacan, on pourrait se dire, comme Picasso le dit et comme Lacan aime le citer, que « je ne cherche pas, je trouve ».

A tous ceux qui lisent le Séminaire de Lacan, je voudrais vraiment souligner qu’on ne peut absolument pas en lire la version millérienne sans la confronter avec la version Staferla.

Dans son Séminaire Encore, Lacan nous présente cette formule célèbre que Jacques-Alain Miller transcrit comme ceci : « la jouissance de l’Autre, de l’Autre avec un grand A, du corps de l’Autre qui le symbolise, n’est pas le signe de l’amour » (p.11). En fait, Lacan l’énonce comme ceci : « la jouissance de l’Autre, de l’Autre avec – (...) je vous ai assez rebattu les oreilles de ce grand A qui vient après, vu que maintenant il traîne partout, ce grand A mis devant l’Autre, plus ou moins opportunément d’ailleurs, [ puisque ] ça s’imprime [ parfois ] à tort et à travers – la jouissance de l’Autre, du corps de l’Autre qui Le – lui aussi avec un grand L – du corps de l’Autre qui Le symbolise, n’est pas le signe de l’amour » (p.8, version Staferla). Ah ! Quelle omission de la part de Jacques-Alain Miller !

Maintenant, on peut écrire cette formule comme ceci : « la jouissance de l’Autre, du corps de l’Autre qui Le symbolise, n’est pas le signe de l’amour ».

Alors, ce « Le » avec un grand L que Lacan souligne exprès, que veut-il dire sinon ceci ? : que l’Autre dont il s’agit n’est plus la Mère même si Lacan dit que l’Autre en tant que lieu du signifiant est la Mère (cf. Écrits, p.813), mais Dieu le Père, ce sur quoi Lacan ne cesse pas de s’interroger avec le terme de Nom-du-Père.

En effet, Lacan parle du Christ dans la séance du 8 mai 1973 en disant que « la doctrine chrétienne ne parle que de l’incarnation de Dieu dans un corps » et que « le Christ, même ressuscité, vaut par son corps, et son corps [ l’Eucharistie ] est le truchement par où la communion à sa présence est in-corps-poration, pulsion orale, dont l’épouse du Christ, l’Église comme on l’appelle, se contente fort bien, n’ayant rien à attendre d’une copulation » (p.102 dans la version millérienne du Séminaire XX, p.262 dans la version Staferla). Et un peu après, Lacan dit encore ceci : « Il y a là [ au niveau de la jouissance copulatoire ] un trou, et ce trou s’appelle l’Autre, (...) l’Autre en tant que lieu où la parole fonde la vérité et avec elle le pacte qui supplée à l’inexistence [ ex-sistence ] du rapport sexuel » (p.103 dans la version millérienne, p.264 dans la version Staferla).

L’Autre en tant que trou, c’est le « manque dans l’Autre, inhérent à sa fonction même d’être le trésor du signifiant. (...) Le manque dont il s’agit est bien ce que nous avons déjà formulé : qu’il n’y ait pas d’Autre de l’Autre » (Écrits, p.818).

Puisque le mathème du manque dans l’Autre est le Ⱥ, nous pourrions écrire l’Autre en tant que trou comme ceci : l’Ⱥutre.

Que l’Ⱥutre n’existe pas veut dire que le Nom-du-Père forclos est « la plage » dont « le réel (...) “réalise” sans doute le rapport [ sexuel ] » (Autres écrits, p.460), ce qui voudrait dire qu’Il (avec un grand I ) est la place de l’ex-sistence, c’est-à-dire la place de la vérité ex-sisitente dans les quatre discours.

Avec la formule : « la jouissance de l’Ⱥutre, du corps de l’Ⱥutre qui Le symbolise, n’est pas le signe de l’amour », Lacan s’interroge déjà sur « la jouissance de Dieu » (Séminaire XXIII, p.61 dans la version millérienne, p.59 dans la version Staferla).


Et la réponse de Lacan est très simple et claire : l’Ⱥutre « qu’on appelle généralement Dieu, (...) l’analyse [ en ] dévoile que c’est tout simplement La femme » (Séminaire XXIII, p.128 dans la version millérienne, p.173 dans la version Staferla).

2015年7月22日

Un exemple de dégradation millérienne de Lacan

Dans la séance du 31 janvier 2001 de son cours L’Orientation lacanienne, Jacques-Alain Miller dit ceci :
(...) Je retrouve ça, que j’avais souligné, il n’y a pas longtemps, dans Encore, chapitre VIII, page 85, la phrase qui dit que « le réel ne saurait s’inscrire que d’une impasse de la formalisation ». Cela pourrait faire croire que l’on va ailleurs par là, que l’on sort par là du symbolique.
Mais, tel que je m’efforce de vous y amener pas à pas, cela veut dire tout autre chose. Dans cette définition-là du réel qui donnerait la clé de la fin de l’analyse, le symbolique domine, le réel entendu ainsi est conditionné par la mise en forme, par la formalisation de la signifiance, par la formalisation du rapport signifiant / signifié, et la formalisation algorithmique du signifiant et du signifié.
Est-ce que cela permet de dire que l’on accède au réel par cette voie ? Est-ce que ça ne serait pas plutôt le contraire ?
C’est là que l’on s’aperçoit que, dans Encore, dans le mouvement même où il définit le réel par l’impasse de la formalisation, Lacan dit que par là le réel accède au symbolique.
Il ne dit pas du tout que par la voie de l’impasse le symbolique accède au réel. Il dit bizarrement, parce que rien ne l’explique, que c’est bien plutôt par là que le réel accède au symbolique.
Vous le lirez, page 86 : « la trace de ces écrits, où saisir les limites, les points d’impasse, de sans issue, qui montrent le réel accédant au symbolique ».
Eh bien, ce n’est pas la même chose que de dire que ça montre le symbolique accédant au réel. C’est déjà impliquer que ça constitue en fait une réduction symbolisante du réel.

Au contraire, nous trouvons dans l’enregistrement de la séance du 20 mars 1973 du Séminaire Encore et dans la version Staferla du même Séminaire, Lacan dire ceci :
le réel ne saurait s’inscrire que d’une impasse de la formalisation. Et c’est en quoi j’ai cru pouvoir en dessiner le modèle de la formalisation mathématique, (...).
(...) ne peut-on pas dire que ce réseau si loin poussé de la logique mathématique, (...) ce qui s’énonce de cette formalisation si bien faite à ne se supporter que de l’écrit, soit quelque chose qui ne nous servirait, s’il le fallait, dans le procès analytique, que de ce que s’y désigne ça qui retient les corps invisiblement ?
Et s’il m’était permis d’en donner une image, je la prendrais aisément de ce qui, dans la nature, paraisse le plus s’en rapprocher, de ce qui fait que l’écrit exige en quelque sorte cette réduction aux dimensions deux de la surface, (...) c’est à savoir le travail de texte qui sort du ventre de l’araignée, la toile d’araignée fonction vraiment miraculeuse à voir en quelque sorte s’en supporter déjà en ce point opaque de cet étrange être, les paraîtres de la surface elle-même, celle qui pour nous permet le dessin de la trace de ces écrits qui sont, en fin, le seul point où nous trouvions saisissables ces limites, ces points d’impasse, de « sans-issue » qui le réel – le font entendre comme s’accèdant du symbolique à son point le plus extrême.

On voit bien : Jacques-Alain Miller fait dire à Lacan que le réel accéde au symbolique, tandis que, en fait, Lacan dit le contraire, c’est-à-dire, que c’est à partir du symbolique, par une impasse logique, qu’un accès serait frayé au point le plus extrême du réel.
L’image de la toile d’araignée nous suggère déjà la définition du symbolique en tant que trou, par rapport auquel le réel est à la fois ex-sistent et retenu dans le nouage borroméen.
Ce qui est pire, c’est que Jacques-Alain Miller énonce dans son cours de l’Orientation lacanienne des choses erronées sur Lacan à partir de ses transcriptions erronées du Séminaire. Par exemple, il dit dans son cours du 31 janvier 2001 que le réel dans le noeud borroméen n’est plus le réel dont il s’agit quand Lacan dit en 1966 : « a est de l’ordre du réel », mais un réel qui se trouve ravalé au point qu’il faut l’appeler « un faux réel » ! Bien évidemment, ce qui est faux, c’est sa lecture de Lacan !

2015年7月21日

『Freud の « Trieb » について,ならびに,精神分析家の欲望について』(抄訳).

Freud « Trieb » について,ならびに,精神分析家の欲望について』(Écrits, pp.851-854, 抄訳).

(訳者注記:あらかじめ読者に注意を促しておくと,この予備的な翻訳においては,訳者の解釈に基づき,原文に無い単語や学素がおおはばに補足されている.しかし,煩雑を避けるため訳者による挿入すべてをいちいち明示しない.
また,あらかじめ,Freud の言う“本能”と Lacan の言う“他 A の欲望 Ⱥ”とが論ぜられているこの書への導入のために,Lacan (Écrits, p.634) による本能の学素の定義を引用しておくと,
( $ ◊ D ) : S en fading dans la coupure de la demande, 請求の切れめにおける消失主体.
また,あわせて,幻想の学素の定義は,
( $ a ) : S en fading devant l’objet du désir, 欲望の客体の前における消失主体.)


精神分析における本能の概念は,無意識に関する精神分析的経験に基づいて Freud が構築した概念として,精神分析を心理学化する思念に対して,生物学的意味における本能の概念を援用することを禁止する.そも,精神分析を心理学化する思念は,生物学的意味における本能の概念によって,生物学的自然のなかにひとつの道徳を仮定することにより己れの無知を覆い隠しているのである.

精神分析における本能は このことを心理学者の頑固な頭のなかに十分に想起させることは決してできないだろう,なぜなら,心理学者は全体として,かつ,そのものとして,科学技術の支配体制における搾取に奉仕するものであるから ,フロィト的な本能は,生物学的意味における本能とは何のかかわりも無い(両者の混同を許すような表現は Freud のなかには無い).

Libido は,生物学的意味における性本能ではない.(...).

Libido の性的な色は それは Libido の性質の最も内奥に記入されていると Freud erogene Zone [悦惹起部位]の概念を以てかくもきっぱりと主張しているように ,虚空の色である:ひとつの裂口の光のなかに宙吊られた虚空の色.

その裂口は,皮肉にも快原則と呼ばれるものが欲望に押しつける限界において欲望が出会う裂口である.皮肉にも快原則と呼ばれる,というのも,それはひとつの現実へ回送されるからである.そして,その現実は実践の場にほかならない,と言うことができる.[すなわち,現実原則は,現実的な行動により満足を実現するよう促す].

Freud の所説によると,まさにこの現実的実践の場から切断されている欲望があり,その欲望の原理は本質的に,不可能のなかに見出される.[cf. 『夢解釈』 VII章,E : 「無意識的な欲望の動き [ unbewußte Wunschregungen ] から成る我々の本有の核 [ der Kern unseres Wesens ] は,前意識にとって把握不可能 [ unfaßbar ] かつ制止不可能 [ unhemmbar ] である」;「小児的なものに由来し,破壊不可能 [ unzerstörbar ] かつ制止不可能な欲望の動き」.ここでは Freud の用語 Wunsch を敢えて「願望」ではなく「欲望」と訳してある].

(...) Freud は我々にこのことを啓かしている:すなわち,男が母の性的奉仕につなぎとめられたままでいないのは父の名のおかげであるが,父に対する攻撃は律法の原理に属しており,かつ,律法は,近親相姦の禁止により律法が制定する欲望に奉仕している.

(...) むしろ,母の去勢を引き受けることが,其れによって欲望が制定されるところの欠如を創り出す.欲望は,欲望の欲望であり,他 A の欲望 Ⱥ である,と我々は言った.つまり,欲望は律法に服従している :

(女に関しては,次のことは事実である:すなわち,女も同じ Dialektik に服さねばならない 女をそう強いるものは何も無いように見えるのに:つまり,女は,持っていないもの [ phallus ] を失わねばならない.それは,我々に疑問を懐かせることである.かくして,我々はこう述べることができる:すなわち,負の大きさのファロス [ phallus par défaut : φ ] が徴在的負債の金額を成している:ファロスを持っているときは借方[父から借りたファロス:男],持っていないときは異論の余地ある債権[ペニス妬み:女].)[訳注:この段落の丸括弧は原文のもの.]

去勢は,Freud が欲望のなかへ導入した全く新しい原動力であり,Socrates Dialektik において〈『饗宴』の報告のなかに保存されてはいるものの〉謎めいたままである意味を,欲望という欠如に与える.

(...) 本能の概念は,本能を collage surréalisteにおけるモンタージュ作品のようなものとして表している.[cf. Séminaire XI, p.154 : 「我々に想像することができる影像が示すのは,このようなしろものであろう:稼動中の発電機がガス栓へ接続されており,そこから孔雀の羽が出て,美女の腹をくすぐる 彼女がそこに置かれているのは事態を美しくするためだ,といった具合である」].

本能は我々の神話である,と Freud は言った.[cf. 『精神分析へ導入するための新たな一連の講義』,32 : Die Trieblehre ist sozusagen unsere Mythologie. Die Triebe sind mythische Wesen, großartig in ihrer Unbestimmtheit. Wir können in unserer Arbeit keinen Augenblick von ihnen absehen und sind dabei nie sicher, sie scharf zu sehen. 本能学説は,いわば,我々の神話学である.本能は,神話的な事物であり,みごとに不確定なしろものである.我々は,精神分析という我々の仕事において,ひとときたりとも本能を度外視することはできないが,その際,確かに本能を鮮明に見ているというわけではない].その言葉を,Freud は本能を非実在へ帰したのだと解してはならない.もろもろの神話において通例そうであるように,本能の概念は実在を神話化しているのである:すなわち,この場合,実在は欲望 Ⱥ を成す [ le réel fait le désir ] そこにおいて,主体と喪失客体との関繋 ( $ a ) を再現しつつ :


損益計算書に損失として計上された客体[つまり,失われたと見なされた客体]は次から次にたくさんあり,幻想 ( $ a ) における喪失客体 a の座を占めることになる.しかし,トカゲの自体切断 トカゲが困ったときに,その身体から切り捨てられる尾 が最も良く象徴するかもしれぬ役割を果たし得る客体は,数が限られている[すなわち,四つの客体 a : 乳房,糞便,まなざし,声].悦の垣根を越えるに越えられぬ欲望の災難 [ Mésaventure du désir aux haies de la jouissance ]. そこに,Descartes の言う邪悪な神,騙す神 [ un dieu malin ] が待ち受けている.

この欲望のドラマは,一般に思われている偶然事態ではない.それは,本有的な事態である:そも,欲望は他 A に由来し,かつ,悦は物 [ la Chose : l’Achose, l’achose, l’objet a ] の側に属する.

そのことによって主体は分割を被り,複数化する.この分割にこそ,Freud の第二 Topik は当てはまる.だが,またしても,そこにおいて目に飛び込んでくるべきであろうものは見えてこない.つまり,そこにおいて,同一化
は,本能を満足させぬままに,欲望によって決定されるのである.

その理由はこうである:本能 ( $ ◊ D ) は,裂けめとしての主体 $ と他 A の欲望 Ⱥ とを分裂させる :

そして,欲望 Ⱥ は,分裂の原因たる客体 a と裂けめ $ との失認された関係 ( $ a ) によってのみ支えられる :

以上が幻想の構造である.

しからば,分析家の欲望は如何なるものであり得るか?分析家が身を献げる治療は,如何なるものであり得るか?

(...) 精神療法の彼方の精神分析の終りは,如何なるものであり得るか?分析家を養成することがかかわるときには,精神分析と精神療法とを区別しないで済ますのは不可能である.

そも,転移の原動力の問題に立ち入らぬまま我々が言ったように,精神分析において究極的かつ最終的に作用するのは,分析家の欲望である.
(...)